Ouganda

Bette Harms, Gerdien Meijerink et Augustine Mwendya

La mission principale de la Fédération nationale des agriculteurs d’Ouganda (Uganda National Farmers Federation, UNFFE) consiste à faire du lobbying et promouvoir un environnement favorable pour les producteurs. La Fédération est issue de concours organisés par le ministère de l’Agriculture, de la pêche et des industries animales du gouvernement du Mouvement national de résistance (NRM) entre 1988 et 1993. Les concours avaient pour objectif de récompenser les meilleurs éleveurs et producteurs agricoles. Pour institutionnaliser ces concours, le ministère a appuyé la formation de l’Association nationale des agriculteurs d’Ouganda (UNFA), le 22 janvier 1992. Plus tard, en 2002, l’Association est devenue la Fédération nationale des agriculteurs d’Ouganda (UNFFE).

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La Fédération compte 78 organisations paysannes membres, comprenant des associations de producteurs au niveau des districts (DFA), des associations de produits de base spécifiques et des entreprises de services en matière de commercialisation des produits agricoles qui opèrent aux niveaux national et des districts. Au total, les membres individuels sont plus d’un million de producteurs, parmi lesquels 45 % sont des femmes.

Les représentants de l’UNFFE sont élus aux niveaux des communes, des sous-comtés, des districts et au niveau national. Les officiels élus sont investis sur la base du volontariat, pour améliorer les revenus et le bien-être des autres agriculteurs.

La structure organisationnelle de l’UNFFE comprend : (i) Le Conseil national des producteurs, (ii) le Comité exécutif national et (iii) le Secrétariat. Le Comité exécutif national, actuellement présidé par Charles Ogang, comprend 10 membres, il est appuyé par une équipe de onze personnes.

Le défi du développement

L’Ouganda a une population de plus de 33 millions de personnes, composée de dix groupes ethniques principaux. Environ 15 % de la population habite les zones urbaines. Le taux d’alphabétisation est de 77 % pour les hommes et 58 % pour les femmes. En général, les sols ougandais sont fertiles et les précipitations sont régulières. Le secteur agricole est le plus important, il emploie environ 80 % de la population active et représente environ 24 % du Pib.

Le café est l’une des cultures les plus importantes, et représente la majeure partie des revenus d’exportation du pays. Outre le café, l’Ouganda exporte aussi du poisson et des produits de la pêche, du thé, du coton, des fleurs et des produits horticoles.

Depuis 1986, le gouvernement de Yoweri Museveni a apporté une relative stabilité et croissance économique en Ouganda. Museveni a été réélu pour 5 ans en 2011. Depuis le début de sa mandature, le gouvernement ougandais s’est focalisé sur la réhabilitation et la stabilisation de l’économie à travers des réformes monétaires, l’augmentation des prix aux producteurs pour les cultures d’exportation, l’augmentation des prix des produits pétroliers et par l’amélioration des salaires de la fonction publique. Les changements dans les politiques visent à freiner l’inflation et à stimuler la production et les gains à l’exportation. En 2011, le Pib était estimé en 47,78 milliards de dollars, avec un taux de croissance de 5,1 % (contre 6 % en 2010 et 7 % en 2009). La récession mondiale a eu un impact sur les exportations ougandaises. Les revenus et les impôts du pétrole devraient devenir une source de financement plus importante pour le gouvernement lorsque la production pétrolière commencera dans quelques années. Le revenu par habitant est actuellement de 1 400 USD contre 1 300 USD en 2009. Cependant, on estimait à 24,5 % de la population le nombre d’Ougandais vivant encore sous le seuil de pauvreté en 2009.

L’Ouganda a six millions d’agriculteurs. Les petits producteurs constituent la plupart (plus de 90 %) de la communauté agricole du pays. Ils sont caractérisés par de faibles ressources en terres (moins de 3 ha par famille), en capital, force de travail (la main-d’œuvre est principalement familiale), et de faibles compétences en gestion agricole. Ils pratiquent une agriculture à faibles intrants et n’ont généralement pas l’information nécessaire pour améliorer leur situation. La plupart des producteurs sont des producteurs individuels qui travaillent pour leur subsistance, qui ont peu de surplus à vendre, surplus qu’ils commercialisent individuellement. La qualité de leur production est généralement faible, autre facteur qui limitant leur accès au marché et réduisant leur pouvoir de négociation. Ainsi, les producteurs ne bénéficient pas pleinement de l’agriculture, qui constitue leur principale activité économique. Le besoin d’améliorer leur accès au marché semble alors évident.

L’UNFFE lutte pour aider les agriculteurs dans quatre domaines principaux : la création d’institutions, l’assistance technique, les services d’appui, le lobbying et le plaidoyer.

Création d’institutions agricoles : en commençant par la base, les membres de l’UNFFE aident les producteurs à s’organiser en groupes plus connus sous le nom de « Groupes d’intérêt spéciaux » (Special Interest Groups, SIG). Ces SIG bénéficient de services comme la vulgarisation agricole, la formation en gestion post-récolte et de la qualité. Ils sont aussi encouragés à réunir leur production et à la vendre en tant que groupe au lieu de le faire individuellement pour augmenter leur pouvoir de négociation. Tous ces services visent à aider les producteurs à accéder au marché.

Assistance technique : l’UNFFE offre une assistance technique aux producteurs, via les associations de districts (DFA) dans les domaines suivants : accéder à des intrants de qualité (semences améliorées, engrais, etc.), recevoir une formation pour utiliser et manipuler correctement les produits chimiques agricoles, la fourniture d’information sur les marchés ainsi que des formations pour améliorer la qualité des produits.

Services d’appui: ceux-ci comprennent la promotion de la commercialisation groupée, le fait de relier les petits producteurs aux les commerçants et les institutions, et le fait de sensibiliser les petits producteurs au système de certification GlobalG.A.P.

Lobbying et plaidoyer : il s’agit des activités adressées aux petits producteurs pour qu’ils augmentent leurs production afin de répondre à la demande et qui promeuvent l’accès au marché à travers des systèmes commerciaux multilatéraux.

Le processus de recherche collaborative

Nombre des défis du développement on été identifiés lors du premier atelier organisé en 2008 par AGRINATURA, la FIPA et l’UNFFE :

  1. Offrir aux producteurs un financement accessible et abordable pour qu’ils puissent investir dans l’ajout de valeur à la production agricole.
  2. Offrir aux producteurs un financement accessible et abordable pour le stockage et la commercialisation groupée.
  3. Offrir aux producteurs un accès à l’information de marché (y compris radios, internet, etc.).
  4. Renforcer les services de vulgarisation agricole à travers des groupes paysans existants et de nouveaux groupes d’agriculteurs.
  5. Mettre en place des incitations pour permettre le renforcement et l’autonomie des groupes paysans.
  6. Établir des règlementations pour les normes de qualité.
  7. Appuyer les fonctionnaires locaux chargés de la collecte de l’information sur les marchés.
  8. Mettre en place des politiques de zonage (par spécialisation géographique/différentiation régionale en fonction des produits de base).
  9. Concevoir des politiques nationales sur la commercialisation groupée.

La politique en place des Services nationaux de conseil agricole (National Agricultural Advisory Services, NAADS) a été très critiquée, principalement parce que le gouvernement a établi de nouvelles structures au lieu d’impliquer les organisations paysannes et leurs structures. L’UNFFE a donc décidé de faire une étude pour mesurer l’efficacité des politiques et des législations touchant les agriculteurs, en particulier celles des NAADS. D’autres partenaires de l’UNFFE (l’Alliance des coopératives d’Ouganda (UCA), le réseau ougandais d’Agri-Profocus, la SNV (Organisation néerlandaise de développement), et Pelum-Ouganda) se sont associés à la formulation de ce programme de recherche. En juillet 2010, Morrisson Rwakakamba, un consultant, ancien chargé de plaidoyer de l’UNFFE, a été engagé pour faciliter le processus pour coordonner la recherche avec les partenaires de l’UNFFE. Une proposition détaillée a été développée, intitulée : « Recherche action en vue d’auditer l’efficacité des NAADS et propositions pour une réforme : les NAADS que veulent les agriculteurs ». Les objectifs de cette recherche étaient de :

  • Faciliter un consensus basé sur des données à propos de l’efficacité ou de l’inefficacité des NAADS du point de vue des producteurs.
  • Référencer et analyser les différents types de vulgarisation pour les étudier et recommander des modèles progressistes offrant des solutions aux problèmes que rencontrent les producteurs agricoles.
  • Fournir aux agriculteurs une proposition de plan d’action détaillé de la réforme des NAADS.
  • Fournir des preuves sur l’impact des NAADS pour les agriculteurs et permettre à l’UNFFE de mener un plaidoyer efficace.
  • Identifier les pouvoirs et acteurs influents disponibles pour soutenir la réforme au sein des NAADS.

Dans un premier temps, une étude préliminaire a été effectuée auprès des producteurs pour connaître leur opinion sur les NAADS, appelée « Les NAADS que veulent les agriculteurs – rapport de dialogue ». Elle a constitué un point de départ au premier dialogue en groupe de travail, qui a eu lieu le 3 février 2011. Ce dialogue a réuni des acteurs clés du secteur privé, des ONG (inter)nationales, du gouvernement (dont des représentants du ministère de l’Agriculture et le secrétariat des NAADS), des producteurs et des chercheurs. L’UNFFE a aussi engagé le ministère des Finances pour lequel une réforme des NAADS était un sujet clé. Le sujet de recherche comme l’initiative de dialogue ont été bien accueillis par le gouvernement et les NAADS. Au cours du dialogue, les résultats du rapport sur le dialogue préliminaire ont été discutés ainsi que la mise en œuvre des NAADS. À ce jour, les résultats les plus importants des consultations à propos des principaux sujets et contraintes relatif aux NAADS ont été les suivants :

  • Les coûts très élevés des intrants et la faible qualité des technologies disponibles pour les producteurs ;
  • des relations publiques très faibles au niveau des autorités locales ;
  • un processus de sélection des six fermes modèles par paroisse défectueux : seuls les agriculteurs riches ou ceux qui ont une influence politique bénéficient des NAADS ;
  • malgré les investissements faits par les NAADS la croissance annuelle du secteur agricole ougandais continue de baisser.

Après ce dialogue, une enquête a été faite pour analyser l’efficacité des programmes des NAADS. Il s’agissait de rédiger un questionnaire et sélectionner les régions et les personnes à interroger. Des groupes d’agriculteurs bénéficiant des NAADS et d’autres qui n’en avait jamais bénéficié ont été interrogés sur leur expérience avec les NAADS au cours de réunions appelées « réunion autour du feu » (réunions des groupes d’agriculteurs dans les villages). Les informations produites ont été relevées dans des rapports d’étapes qui ont constitué une base pour développer des stratégies visant à améliorer les NAADS. Cette recherche a été menée par un consultant qui a collaboré avec deux membres de l’UNFFE pour mener les discussions et les entretiens des réunions « autour du feu » dans les villages. Les chercheurs d’AGRINATURA ont contribué à la méthodologie et la documentation des résultats de la recherche.

Sur la base des résultats de l’enquête, le consultant et les deux membres de l’UNFFE ont rédigé un draft de proposition (« livre vert pour une réforme des NAADS »). Le 21 mars 2012, les résultats de l’enquête ont été présentés à un grand nombre d’acteurs au cours d’un atelier organisé pour discuter avec la direction de l’UNFFE et d’autres acteurs des questions de plaidoyer. Des représentants du Secrétariat des NAADS, OXFAM, Pelum, SNV, Trias, PMA, la Fondation Scientifique pour le développement, VECO, l’université de Makere et AGRINATURA ont assisté à cet atelier. Ils ont aussi participé à la mise en place de l’étude. Les points de plaidoyer comprenaient :

  1. Les producteurs souhaitent que l’on communique largement sur les nouveaux NAADS, et sur les différences entre les anciens et les nouveaux systèmes de vulgarisation agricole.
  2. Les NAADS devraient urgemment avoir recours aux « paysans-vulgarisateurs » qui ont été formés par des membres de l’UNFFE à travers tout le pays en matière d’élevage et de pratiques agronomiques.
  3. Les autorités locales au niveau des districts et des sous-comtés devraient être impliquées dans l’identification et la gestion des cadres de fonctionnement des partenariats public-privé dans tout le pays.
  4. Les NAADS devraient encourager les initiatives visant à faire des économies de main-d’œuvre et les technologies permettant de réduire les coûts du travail.
  5. Les NAADS devraient encourager des entreprises particulières, appuyées par des services de vulgarisation dédiés aux entreprises.
  6. Les agriculteurs demandent aux NAADS de leur fournir l’information de marché et des prévisions pour les entreprises qu’ils soutiennent.
  7. Les producteurs engagés dans l’élevage ont besoin de davantage de services de vulgarisation relative à la production animale et d’un accès à des intrants tels que semences améliorées, engrais et pesticides.
  8. Les maladies des cultures et du bétail devaient être rapidement arrêtées et réduites. Par exemple, la baisse de 31 % des exportations de café en 2010 a été attribuée principalement à la trachéomycose. D’autres maladies des cultures et des animaux comme le flétrissement bactérien de la banane, la mosaïque du manioc, la maladie de Newcastle chez les volailles, les maladies respiratoires du bétail et la fièvre porcine ont toutes affecté les performances de l’agriculture ougandaise.
  9. Les NAADS devraient collaborer plus étroitement avec les Organisations nationales de recherche agricole (National Agricultural Research Organisations, Naro) et avec d’autres organismes de recherche pour fournir aux producteurs des semences résistantes ainsi que des variétés appropriées et autres matériaux pour les plantes. Pour l’instant, les NAADS ne collaborent pas étroitement avec les organisations de recherche.
  10. Les NAADS devraient promouvoir l’utilisation efficace de mesures visant à rendre les sols plus fertiles dans des systèmes de culture variés, qu’elles soient organiques ou non, dans toute la communauté de producteurs d’Ouganda.

Lors des débats pour l’élaboration du livre vert, l’UNFFE a exprimé sa gratitude vis-à-vis de l’étude et l’importance de la proposition de créer une stratégie de plaidoyer basée sur des preuves et légitime pour l’UNFFE. Un plan d’action a été proposé (voir encadré 9).

Les organisations à la base n’ont pas été directement engagées dans la présentation des résultats ni dans le livre vert, même si quelques membres de la direction de l’UNFFE représentent des organisations paysannes de districts. Néanmoins, la recherche elle-même est devenue un moyen pour atteindre les organisations à la base. Autrement dit, comme un membre de l’UNFFE l’a mentionné dans la recherche :

« Lorsque nous avions des discussions dans les villages, les membres de l’UNFFE dans les districts étaient activement engagés.»

Encadré 9  Plan d’action pour le plaidoyer de l’UNFFE sur les NAADS

  1. Identifier les principaux messages présentés par l’équipe de recherche et le chargé de plaidoyer de l’UNFFE.
  2. Publier le livre vert et l’étude afin que le plaidoyer de l’UNFFE puisse s’appuyer sur cette recherche. L’intention était de présenter le rapport aux agriculteurs pour le faire valider et les engager aussi dans des activités de plaidoyer à l’attention des autorités locales.
  3. La rencontre annuelle Jinja Source of the Nile Annual Agricultural Trade Show représente une plateforme pour le plaidoyer de l’UNFFE. Le livre vert devrait travailler sur le discours du président de la république d’Ouganda. Pendant le salon, l’UNFFE devrait avoir un endroit pour présenter le rapport et la documentation et où l’on puisse diffuser les sujets de plaidoyer aux membres et aux exposants.
  4. L’UNFFE cherchera à obtenir un entretien avec le président ougandais, le ministre de l’Agriculture et le comité parlementaire sur l’agriculture pour discuter le contenu du livre vert, dans l’objectif de s’assurer de leur engagement pratique et concret.
  5. L’UNFFE devra établir le dialogue avec les journalistes traitant des sujets agricoles dans tous les grands médias ougandais. Le livre vert pourrait donc être publié et circuler par le biais des journaux.
  6. Le livre vert peut être posté sur des médias en ligne, sur des blogs et des sites internet. Le site d’Agri-Profocus est un exemple des quantités de sites où l’on pourrait faire circuler l’information pour susciter des discussions sur les sujets traités dans le livre vert.

Résultats du plaidoyer

Au cours de l’atelier, il est apparu clairement que le travail sur une proposition de livre vert ne servait pas qu’à élaborer des recommandations pour le plaidoyer à l’attention du gouvernement, mais, comme le président de l’UNFFE a l’a souligné, en faisant circuler les propositions entre les membres, ce travail a permis de leur montrer que leurs points de vue étaient intégrés dans la stratégie nationale de plaidoyer de l’UNFFE. Les relations entre l’UNFFE et les organisations paysannes membres ont ainsi été renforcées. L’un des membres de la direction de l’UNFFE l’a exprimé ainsi :

« Ces études nous donnent la possibilité de rester en contact avec nos membres et de dresser un portrait des véritables bénéficiaires de la vulgarisation. » Un autre membre a dit : « Nous avons engagé ces producteurs et maintenant ils attendent des réponses et les résultats de l’enquête. »

Après la discussion sur le livre vert au cours de l’atelier du 21 mars, l’UNFFE a présenté le document final au ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche et a discuté sur le livre vert avec Tress Bucyanayandi, ministre de l’Agriculture qui en a approuvé les conclusions. Il a assuré l’UNFFE que les NAADS se recentreraient sur la fourniture de vulgarisation et de conseil agricole. En outre, le ministre a invité l’UNFFE au comité chargé de la planification d’un projet sous la supervision des NAADS dénommé « Services de conseils sur les technologies agricoles et l’agrobusiness » (Technology and Agri-business Advisory Services) dont l’objectif principal est d’améliorer les services de conseil en Ouganda.

Les relations entre l’UNFFE et le secrétariat de la NAADS se sont aussi améliorées, ce qui a donné lieu à une meilleure coopération entre eux. Pour donner un exemple, les NAADS viennent de financer la participation de membres de l’UNFFE à la Foire Internationale d’Agriculture à Nairobi, pour apprendre les nouvelles technologies. L’UNFFE et les NAADS vont signer un MoU qui facilitera leur coopération à venir. Enfin, l’UNFFE prévoit de partager le livre vert avec le Comité parlementaire sur l’agriculture fin 2012.

L’équipe de recherche d’AGRINATURA et l’UNFFE ont identifié plusieurs facteurs qui ont aidé à transformer les résultats de l’étude (et du livre vert) en stratégie de plaidoyer réussi :

  1. Le consultant a assuré une continuité tout au long du projet, même s’il y a eu de nombreuses périodes presque sans activité.
  2. La connexion avec l’UNFFE a été facilitée par le fait que le consultant avait déjà travaillé auparavant en qualité de chargé de plaidoyer pour l’UNFFE et qu’il avait institué de bonnes relations de travail avec les salariés de l’UNFFE.
  3. L’équipe de recherche comprenait deux salariés de l’UNFFE dont l’un était membre du conseil d’administration. « Je crois qu’on a bien fait d’engager les membres de l’UNFFE dans l’exercice. Il a été aussi fantastique que le financement soit obtenu si rapidement après la demande », a témoigné l’administrateur de l’UNFFE.
  4. Le sujet à traiter, la réforme des NAADS, a été choisi par l’organisation même et continue à être un sujet d’importance dans l’ordre du jour social et politique : « la sélection du sujet des NAADS a été soigneusement effectuée dès le commencement, ce qui a touché de nombreux producteurs. Ainsi, ils étaient tous prêts à défendre le sujet à partager leurs expériences », a également signalé le même administrateur de l’UNFFE.
  5. L’UNFFE a des relations fortes avec la présidence et avec le ministère de l’Agriculture. La force du plaidoyer et les liens avec le gouvernement ont été très appréciés par les membres du conseil d’administration.
  6. L’étude renforce la légitimité de l’UNFFE et donc sa position en matière de plaidoyer. Les membres du conseil d’administration de l’UNFFE l’ont résumé ainsi : « L’UNFFE se positionne maintenant à un meilleur niveau en matière de recherche. Ceci constituera un avantage pour le partenariat et le lobbying. »

Un certain nombre de facteurs pourraient signifier des contraintes pour la compréhension des résultats et pour les transformer dans une stratégie réussie de défense des intérêts :

  1. Les activités d’UNFFE et ESFIM ont mis beaucoup de temps à commencer après l’atelier initial en 2010. L’élan était passé, et des personnels de l’UNFFE avaient été remplacés. La « mémoire institutionnelle » du projet a ainsi été un peu effacée.
  2. Aucun membre senior de la direction de l’UNFFE n’a participé à la rédaction des rapports et à la proposition de livre vert avant la présentation du 21 mars 2010.
  3. La sortie du rapport final et du livre vert n’a pas coïncidé avec l’atelier final.
  4. Les coûts d’impression et de diffusion du livre vert et du rapport final devraient être à la charge de l’UNFFE mais celle-ci ne les a peut-être pas budgétés.
  5. L’enquête a porté sur un échantillon trop restreint. « Je crois que l’étude a été satisfaisante, car elle a pu recueillir le véritable ressenti des producteurs. Cependant, l’échantillon et la couverture de l’enquête ont été insuffisants, et nous n’avons pu atteindre un grand nombre de personnes », a remarqué un membre de la direction de l’UNFFE au cours de l’atelier final.

Pendant la journée d’auto-évaluation menée par des membres de la direction et des employés de l’UNFFE, l’organisation a reconnu ses limites par rapport à la consultation des membres des districts et aux voyages nécessaires vers ces régions pour concevoir un plaidoyer basé sur des preuves. Les coûts associés à ces activités ont limité le travail mené par les employés de l’UNFFE. « Des contraintes logistiques limitent notre cohérence, spécialement entre le Secrétariat et les antennes au niveau des districts. Au cours des trois dernières années, les appuis des bailleurs de fonds ont été très limités, ceci a eu un impact sur nos activités et en particulier sur le soutien aux antennes locales » a témoigné un ancien membre de la Direction au cours de l’atelier final.

Néanmoins, l’étude est extrêmement appréciée par le président et les administrateurs de l’UNFFE et ils considèrent de telles enquêtes comme très importantes pour la stratégie de plaidoyer. Un membre de l’UNFFE a affirmé : « L’étude va largement améliorer le travail de plaidoyer de l’UNFFE. La présentation des résultats aujourd’hui nous a ouvert les yeux par rapport aux NAADS. »

Dans sa stratégie de plaidoyer 2008-2012, l’UNFFE a relevé les obstacles suivants au plaidoyer et au lobbying :

« Il y a très peu de fonds destinés aux efforts de lobbying et de plaidoyer. Cela est dû au manque de connaissances sur les bienfaits de l’activité et à une tendance, chez la plupart des bailleurs, à penser que le plaidoyer est activité d’une journée ou d’une semaine. Cependant, la recherche indique que pour atteindre les objectifs de plaidoyer, il est nécessaire d’adopter une approche de long terme, durable et prolongée qui établisse le contact avec des cibles du plaidoyer et les maintiennent sur la durée. »

« Une coordination limitée entre la recherche et le plaidoyer. Si le plaidoyer était une usine, la recherche serait sa matière première. Un bon lobbying et plaidoyer résulte d’une bonne recherche et de thèmes de lobbying et plaidoyer suffisamment convaincants pour faire évoluer les responsables politiques, les bailleurs de fonds et les partenaires au développement. La recherche doit ainsi être harmonisée avec le lobbying et le plaidoyer pour un maximum de résultats. »

Le partenariat

Le projet ESFIM a été développé en temps relativement opportun. L’équipe AGRINATURA (LEI), l’UNFFE et la FIPA se sont rencontrées pour la première fois en décembre 2008 au cours d’un atelier à Kampala. Ces institutions étaient sur un pied d’égalité, puisque l’UNFFE était chargée de déterminer l’agenda de la recherche et LEI la méthodologie. L’UNFFE a recruté Morrisson Rwakakamba, un consultant qui avait déjà été engagé auparavant par l’UNFFE. Il y a eu une grande confiance entre l’UNFFE et le consultant, qui a travaillé de façon indépendante tout en consultant régulièrement l’UNFFE et LEI. M. Rwakakamba a visité de nombreux producteurs dans différentes régions d’Ouganda. Ceci a amélioré les relations entre l’UNFFE et ces antennes, ce qui était nécessaire, comme l’a reconnu l’UNFFE.

Il y a eu quelque scepticisme pendant le processus en Ouganda sur le rôle pivot du consultant en matière de recherche de données, rédaction de rapports et autoévaluation. En fait, l’équipe d’AGRINATURA aurait souhaité un engagement plus fort de la part des employés de l’UNFFE, d’autres parties prenantes (tel que des ONG travaillant sur le même domaine) ou des chercheurs d’universités. Cependant, chaque fois qu’on abordait ce sujet avec les membres de l’UNFFE, ils disaient qu’ils préféraient continuer à travailler seulement avec le consultant. L’UNFFE même ne voulait pas s’engager davantage dans la rédaction des rapports. Ceci a aussi montré que, appartenant à une organisation de producteurs engagée dans le plaidoyer et au lobbying, les membres de l’UNFFE n’étaient pas habitués (ni intéressés) à rédiger des rapports. Les partenaires de la recherche nationale (comme les universités) n’ont pas été engagés. Cependant, même s’il avait été envisagé de les associer, cela aurait signifié une fragmentation du budget, qui n’était pas souhaitable.

L’avantage d’embaucher plusieurs fois le même consultant est que cela a apporté une forme de stabilité au projet. Les changements du personnel à l’UNFFE et LEI ont ainsi eu moins d’impact sur la « mémoire institutionnelle » du projet. Ceci a aussi aidé à avoir une continuité dans le rythme des activités proposées. La communication entre l’équipe d’AGRINATURA et l’UNFFE était parfois difficile, avec des périodes de silence assez longues. La communication entre l’équipe d’AGRINATURA et le consultant a été bien meilleure. Le risque était que l’UNFFE craigne de perdre la propriété du projet. Cependant, le consultant connaissant bien les salariés de l’UNFFE, il a pu facilement travailler avec eux. En outre, le sujet de recherche choisi (évaluation des NAADS) était important pour l’UNFFE, et ils sont donc restés engagés tout au long du processus.

Principaux enseignements

  • L’objectif d’ESFIM était d’améliorer la stratégie de lobbying de l’UNFFE à travers la recherche locale, avec l’appui de l’équipe d’AGRINATURA. Au début, il n’était pas clair si cette conception pouvait être mise en pratique. Nous considérons que le projet a été partiellement réussi en Ouganda. En réunissant des informations basées sur des preuves de la part des producteurs, l’UNFFE a rassemblé suffisamment de matériel pour développer sa stratégie de plaidoyer. D’autre part, il y a eu l’effet collatéral de relier l’UNFFE avec de nombreux producteurs ougandais. Cependant, étant donné que la plupart des activités ont été conduites par un consultant, il est probable qu’ESFIM a peu contribué au renforcement institutionnel et au développement de nouveaux partenariats avec des institutions de recherche comme les universités. Pourtant, le projet a apporté à l’UNFFE une expérience positive en matière d’utilisation de la recherche, comme l’a souligné le président de l’UNFFE au cours du dernier atelier : « Je voudrais que les membres de l’UNFFE s’engagent davantage dans des programmes de recherche. Nous avons besoin d’un programme plus participatif, partant du sommet jusqu’aux bénéficiaires. »
  • L’étude a donné à l’UNFFE un fort message de plaidoyer basé sur des preuves et enrichi par des discussions entre ses membres et partenaires. L’UNFFE a établi le plaidoyer et le lobbying comme un de ses points forts par opposition à sa faible capacité à entrer en contact avec d’autres organisations. ESFIM a constitué un appui fondamental sur cet aspect.
  • Le défi de l’UNFFE pour l’avenir est de renforcer ses relations avec ses membres pour davantage de cohérence et porter un message de plaidoyer plus fort vers le monde extérieur.

Remerciements

Les auteurs tiennent à remercier tous les membres de la Fédération nationale des producteurs d’Ouganda (UNFFE) pour leurs soutien et conseils au cours du programme ESFIM, ainsi que pour leurs suggestions et apports utiles dans ce chapitre. Des remerciements spéciaux vont à Morrison Rwakakamba, Kenneth Katungisa, Acio Dora, Charles Ogang, Esaü Tisasira, Harriet Ssali et Emmanuel Sunday.