Malawi

 Helena Posthumus

L’Association nationale des petits exploitants agricoles du Malawi (National Smallholders Farmer’s Association of Malawi, NASFAM), fondée en 1997, est la plus grande organisation indépendante de petits producteurs du Malawi. La NASFAM est un réseau unique de vulgarisation qui soutient ses membres, plus de 100 000 petits producteurs. L’unité opérationnelle la plus petite de la NASFAM est le « club », composé de 10 à 15 agriculteurs. Les clubs se regroupent pour former des groupes d’action, qui sont les points clés du réseau de vulgarisation pour la diffusion de l’information aux membres, et pour la commercialisation groupée des récoltes. Les groupes d’action se regroupent en « associations NASFAM ». En 2007-2008, il y avait 40 associations NASFAM. Ce sont des personnes morales qui appartiennent à leurs membres et sont gérées par des conseils de producteurs. Les associations sont regroupées par zone géographique en 14 centres de gestion des associations (Association Management Centres, AMC). Ces centres offrent un soutien opérationnel et à la gestion des associations en matière de production, commercialisation et de développement communautaire. Les AMC sont à leur tour soutenus par les structures régionales et par le siège social de la NASFAM. Les fonctions de la NASFAM sont réparties en activités commerciales de développement. Les activités commerciales comprennent la commercialisation des intrants pour les producteurs et celle de leur production. Les activités de développement quant à elles se centrent sur le développement des communautés le renforcement des capacités des membres. Les activités commerciales et de développement de la NASFAM sont régies par un conseil de producteurs, qui est élu démocratiquement par ses membres chaque année.

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La politique et le plaidoyer de la NASFAM sont guidés par sa plateforme politique, qui fonctionne de manière participative avec ses membres. Cette plateforme discute les problèmes qui entravent le développement des petits agriculteurs et essaie d’en identifier les causes. Les problèmes sont ensuite regroupés sous quatre domaines (accès aux marchés ; commercialisation agricole ; accès aux services financiers et développement des infrastructures). Le processus de génération de preuves fondées sur des données secondaires ou la commande d’études de recherche commence alors. Les résultats servent à rédiger des documents de position et des notes politiques qui sont utilisés par diverses initiatives de lobbying et de plaidoyer.

Le défi du développement

L’agriculture représente 34 % du Pib du Malawi et le secteur représente plus de 80 % des recettes d’exportation du pays. La main-d’œuvre totale du Malawi est d’environ 4,5 millions de personnes, dont presque 84 % travaillent dans l’agriculture. La croissance économique à court terme du Malawi est étroitement liée à la bonne performance de l’agriculture, surtout de la culture du tabac, qui représente 60 % des exportations du pays et la moitié de l’assiette fiscale du gouvernement. Par conséquent, l’agriculture demeurera le pilier de l’économie du Malawi à court terme. L’accent mis par les politiques dans le passé sur le maïs et le tabac a entravé la production d’autres cultures de grande valeur et des cultures vivrières, limitant ainsi le potentiel d’exportation et la capacité de production alimentaire du pays. L’instabilité des politiques et des réglementations commerciales limite les investissements privés, et le manque d’activités agroalimentaires et à valeur ajoutée empêchent une croissance soutenue du secteur agricole. L’insuffisance des infrastructures commerciales, le manque de systèmes d’information de marchés fiables, le manque de sites de groupage et de stockage, la faible capacité et la mauvaise coordination des organisations paysannes (OP) engagera influencer efficacement le gouvernement dans l’élaboration des politiques représentent d’autres obstacles auxquels est confronté le secteur agricole (Nakhumwa et Peiris, 2009).

Le processus de recherche collaborative

Suite au diagnostic de la situation nationale, la Fédération internationale des producteurs agricoles (FIPA) et la NASFAM ont organisé un atelier les 13 et 14 janvier 2009 pour discuter des principaux problèmes qui entravent l’accès des agriculteurs aux marchés à Malawi et établir des priorités. Parmi les participants se trouvaient : l’Union des agriculteurs du Malawi (Farmers Union of Malawi, FUM), la NASFAM, l’Association des transformateurs et négociants de céréales du Malawi (Grain Traders and Processors Association, GTPA), la Bourse des produits agricoles (Agricultural Commodity Exchange, ACE), le Centre pour l’agriculture, la recherche et le développement rural (Centre for Agriculture Research and Development, CARD), l’Association du café du Malawi (Coffee Association of Malawi), et le Bureau des normes du Malawi (Malawi Bureau of Standards, MBS). Les problèmes suivants ont été identifiés comme prioritaires : la politique et les réglementations, le renforcement des capacités, les infrastructures de commercialisation et les normes de qualité. Pour traiter ces principales questions, les participants ont identifié les activités suivantes :

  • L’élaboration, la formulation et la mise en œuvre d’une politique participative (politique et réglementation).
  • Le développement et la gestion d’outils de commercialisation, par exemple : les banques de céréales, les systèmes de récépissés d’entrepôt, le stockage et le groupage (infrastructures de commercialisation).
  • L’accès aux services financiers et commerciaux (infrastructures de commercialisation).
  • L’accès aux systèmes d’information de marché (infrastructures de commercialisation)
  • L’amélioration des capacités des organisations paysannes en matière de durabilité (renforcement de capacités).

Lors d’une réunion tenue après l’atelier, le groupe d’ESFIM (les consultants locaux, les chercheurs d’AGRINATURA, les représentants de la FUM, la NASFAM et la FIPA) ont défini les sujets de recherche suivants pour le projet d’ESFIM au Malawi : information de marché, qualité et normes commerciales, et accès au financement.

Deux consultants locaux ont développé un projet de recherche plus détaillé pour les études de cas qui seront menées dans le cadre d’ESFIM. Quatre études de cas ont été initialement identifiées : les SIM, la faible productivité (multiplication des semences chez les petits producteurs), les normes de qualité, la recherche sur l’aflatoxine et la commercialisation de l’arachide. L’objectif des études de cas était de recueillir des informations qui pourraient servir aux organisations paysannes pour leur plaidoyer dans les domaines identifiés. Le choix de ces domaines prioritaires repose sur une analyse faite par le personnel responsable de la NASFAM sur la position des organisations paysannes dans l’influence des politiques par le biais du lobbying et du plaidoyer.

Après la présentation du projet de recherche, sa mise en œuvre a été retardée en raison des incertitudes relatives au financement ainsi qu’aux changements du personnel de la NRI et de la NASFAM. Le projet a été repris en 2011. En raison des contraintes budgétaires, il a été décidé de réaliser seulement deux des quatre études de cas identifiées : la multiplication des semences chez les petits producteurs et les SIM. Les deux études de cas se sont centrées sur une recherche documentaire et des entretiens avec les principaux acteurs. La NASFAM a embauché le consultant local (Teddie Nakhumwa) qui avait réalisé l’étude-pays initiale. Les chercheurs d’AGRINATURA ont assuré un contrôle de la qualité. Les conclusions de ces études de cas ont été présentés au cours d’un atelier organisé en février 2012. En outre, un voyage d’étude au Kenya a été organisé en juillet 2012 afin de permettre aux représentants de l’organisation paysanne d’avoir des informations sur le fonctionnement des SIM dans un autre pays.

Étude de cas : La multiplication des semences des petits producteurs

Deux modèles de multiplication de semences ont été étudiés :

  • L’Association des Groupes d’action pour la multiplication des semences des petits producteurs (ASSMAG) a été créée en 2001 par le gouvernement du Malawi en tant qu’association pour les petits producteurs en réponse à la pénurie de semences, notamment de légumineuses et de variétés à pollinisation libre (VPL) de maïs. L’ASSMAG est impliquée dans la multiplication et la distribution de semences et de matériel de plantation pour le maïs VPL, l’arachide, le niébé, le soja, les haricots, le manioc et la patate douce.
  • L’ICRISAT est principalement impliqué dans le développement des (nouvelles) variétés et des semences de base et sélectionnées pour l’arachide, le pois d’Angole, les haricots et le riz. L’Icrisat a également participé aux programmes de multiplication de semences en collaboration avec d’autres organisations paysannes, notamment avec la NASFAM. Dans ce modèle, les associations paysannes ne sont pas impliquées dans la production des semences de base en raison de leurs capacités techniques limitées et de la taille des exploitations agricoles. Au cours des dernières années, la production des semences certifiées par les associations de producteurs (pour les VPL et les semences de légumineuses) a considérablement augmenté en raison du marché stable créé par le programme gouvernemental de subvention aux intrants agricoles (Farm Input Subsidy Programme, Fisp).

Le gouvernement du Malawi utilise le Fisp pour promouvoir les marchés de semences dans le pays; les semences sont achetées et distribuées par le secteur privé. Afin d’assurer le partage des responsabilités dans le maintien de normes de qualité, seuls les membres de l’association des commerçants de semences du Malawi (Seed Traders Association of Malawi, Stam) participent au Fisp. Les membres de la Stam distribuent leurs semences dans le pays à travers le réseau de distributeurs agricoles, mais la plupart d’entre eux travaillent sur les marchés urbains et périurbains. Seuls 20 % des semences sont distribués par l’ADMARC, qui dispose d’un réseau plus large pour atteindre les zones rurales éloignées. Grâce au Fisp, l’utilisation de variétés améliorées de maïs et de semences de légumineuses de bonne qualité par les petits producteurs a augmenté au cours des dernières années. L’adoption de variétés améliorées par les petits producteurs en dehors du Fisp est entravée par les prix élevés de ces semences sur les marchés commerciaux.

Le rapport contenait des informations détaillées sur les systèmes de multiplication de semences au Malawi, mais les consultants ne se sont pas concentrés sur les questions de politique et de réglementation que la NASFAM devrait traiter. Les consultants n’ont pas pris en considération les commentaires et les demandes des chercheurs d’AGRINATURA de discuter les implications du système de multiplication de semences actuel pour l’accès des petits producteurs aux marchés, ni les recommandations pour le programme de plaidoyer de la NASFAM. La NASFAM s’est déclarée satisfaite du rapport et des informations qu’il contenait, de sorte qu’il n’y pas eu de suivi supplémentaire.

Encadré 6  La multiplication des semences au Malawi

La loi sur les semences, « Seed Act », a été promulguée en 1988 et amendée en 1996. La loi détermine les normes minimales relatives à la réglementation, au contrôle de la production, à la transformation, la vente, l’importation, l’exportation et les essais pour la certification des semences. L’Unité des services de semences (SSU, sous la Direction des services de recherche agricole du MoAFS) est l’organisme de réglementation responsable de la surveillance, de l’inspection, des essais et de la certification des semences. Le SSU travaille en étroite collaboration avec l’Association des commerçants de semences du Malawi (Stam), une association pour tous les producteurs et les commerçants de semences au Malawi. Les deux organismes garantissent conjointement que toutes les quantités de semences déclarées à la vente soient certifiées selon les exigences de l’Association internationale d’essais de semences (International Seed Testing Association, Ista).

Trois classes de semences sont reconnues au Malawi qui doivent satisfaire différentes exigences pour répondre aux normes internationales de certification :

  • Semence mère : C’est une semence d’une génération particulière d’une lignée ou variété consanguine qui est produite sous la supervision de l’éleveur ou de l’institution qui a développé la variété. C’est la source pour la production de la semence de base.
  • Semence de base : Il s’agit de la descendance des semences mères. Elle est traitée de telle sorte que son identité et sa pureté génétique sont maintenues pour garantir la qualité.
  • Semences certifiées : La semence certifiée est la descendance des semences de base. La production de semences certifiées doit aussi être conforme aux normes prescrites afin de maintenir l’identité et la pureté génétique.

Source : Nakhumwa T, Kaudzu G. 2011. Strengthening and replicating successes of the smallholder seed multiplication industry in Malawi: case study of ASSMAG and Icrisat. smallholder seed multiplication models. Projet de rapport.

Étude de cas : Les systèmes d’information de marché

Une étude documentaire a été menée afin d’identifier les institutions qui utilisent actuellement des systèmes d’information de marché (SIM) pour le secteur agricole au Malawi. Elle a été complétée par les informations recueillies au moyen d’entretiens avec des informateurs clés.

Les SIM sont encore en phase de développement au Malawi. De nos jours, l’information de marchés est principalement utilisée pour aider les décideurs à surveiller la sécurité alimentaire. Le recours massif aux Tic pour la diffusion des informations sur le marché fait que la plupart des petits producteurs n’y ont pas accès. La disponibilité de l’information sur le marché des produits de base est limitée en termes de couverture, de rapidité et d’accessibilité, et les capacités sont insuffisantes pour analyser les données du marché ; les données des SIM ont donc peu d’intérêt pour les petits producteurs à l’heure actuelle. Plusieurs observations utiles ont émergé de cette étude de cas :

  • La plupart des SIM au Malawi ont besoin d’être mises à jour afin d’être en mesure d’analyser et de fournir des informations de marché fiables, instructives et en temps réel, permettant aux producteurs et aux commerçants d’être bien informés sur leur production et sur les décisions commerciales.
  • Les SIM au Malawi ne sont pas financièrement viables et dépendent dans une large mesure du soutien des bailleurs de fonds. Les organisations paysannes peuvent réduire les coûts de transaction de la diffusion de l’information sur le marché en utilisant leurs systèmes de communication internes et en diffusant l’information à leurs membres. Celles-ci peuvent également utiliser leurs économies d’échelle pour négocier un abonnement concurrentiel.
  • L’initiative de la Bourse des produits agricoles (ACE) de renforcer les échanges de marchandise avec des systèmes de récépissés d’entrepôt semble une stratégie importante pour améliorer l’accès des petits producteurs aux prêts à court terme auprès des banques commerciales. C’est également un outil de gestion du risque financier qui permet aux petits producteurs d’attendre l’augmentation des prix des produits de base sur le marché. Il est nécessaire que la NASFAM et la FUM participent à cette initiative pour sauvegarder les intérêts des petits producteurs.

Encadré 7  Les systèmes d’information de marché au Malawi

Le ministère de l’Irrigation et de l’aménagement hydraulique (MoAIWD) est le principal organisme qui recueille, analyse et diffuse l’information de marché à tous les acteurs, à partir de 80 marchés choisis dans tout le pays. Le Système d’information sur les marchés agricoles (AMIS), dirigé par le MoAIWD, est coordonné par la Section des enquêtes sur l’économie agricole du ministère de la planification.

Les petits producteurs ont rarement accès à ce système d’information du marché et cela constitue la majeure restriction d’AMIS. Le Système d’alerte précoce contre la famine (Famine Early Warning System, FEWSNET), et la bourse d’échange de produits agricoles du Malawi (Malawi Agriculture Commodity Exchange, MACE) utilisent le système AMIS pour accéder, analyser et diffuser les mêmes données sur les marchés que plusieurs acteurs. FEWSNET se concentre sur la fourniture d’informations d’alerte précoce sur la sécurité alimentaire, tandis que la fonction de la MACE est de fournir des prix de gros et de détail à plusieurs acteurs participant dans le commerce des produits agricoles. En outre, l’Institut national de la statistique (INS) qui rassemble des informations sur les prix des aliments à partir d’un panier de produits de base pour calculer l’indice des prix à la consommation (IPC).

La MACE cherche à faire mieux fonctionner les marchés pour les agriculteurs pauvres et à réduire les risques et coûts de transaction qui entravent le développement du marché. Dans la pratique, la MACE fonctionne plutôt comme un système d’information de marché que comme une bourse de marchandises. Auparavant, la MACE diffusait l’information à la radio, mais cela a été interrompu lorsque le financement des bailleurs de fonds a pris fin. La Bourse des produits agricoles du Malawi est la seule bourse de marchandises du Malawi qui fonctionne comme un intermédiaire entre les agriculteurs et les acheteurs, mais elle est encore en développement.

Source : Nakhumwa T. 2011. Promote farmer access to quality Market Information Systems (AMIS). Projet de rapport.

Les conclusions et recommandations du rapport n’ont pas identifié les problèmes que la stratégie de plaidoyer de la NASFAM devrait aborder. Bien qu’il soit recommandé que la NASFAM collabore avec ACE au niveau politique, il n’y a pas d’informations détaillées sur les questions que la NASFAM devrait aborder afin de protéger les intérêts de ses membres. L’absence de recommandations précises sur la voie à suivre rend le rapport moins pertinent, comme pour l’étude de cas sur la multiplication des semences.

En juillet 2012, les représentants de la FUM et de la NASFAM, et les chercheurs d’AGRINATURA ont effectué un voyage d’étude sur les SIM, organisé par la Fédération nationale des producteurs agricoles du Kenya (KENFAP). L’objectif principal de la visite d’étude était d’apprendre de l’expérience kényane en matière de mise à disposition d’informations de marché pour les petits producteurs. Les institutions suivantes ont été visitées : la KENFAP, le ministère de l’Agriculture, la Fédération des agriculteurs de l’Afrique de l’Est (EAFF), le Conseil des céréales de l’Afrique de l’Est (EAGC), l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (Agra), et la Bourse des produits agricoles du Kenya (KACE).

Le voyage d’études a été utile pour acquérir une meilleure compréhension de la façon dont fonctionnent les SIM au Kenya, des rôles potentiels des organisations paysannes, des défis pour rendre les SIM opérationnels et financièrement viables, et des meilleures pratiques des SIM. Gérer des SIM afin qu’ils fournissent des informations appropriées et pertinentes sur les marchés est coûteux, et cela n’est financièrement viable que si ils fournissent des services supplémentaires payants à des groupes d’acteurs spécifiques (par exemple, relier les acheteurs aux vendeurs ou fournir des données historiques sur les prix aux institutions de recherches et de développement). Toutefois, les organisations paysannes peuvent analyser et transformer les informations de marché en informations pertinentes sur les tendances des marchés pour leurs membres. Elles peuvent également faire pression pour que les SIM existants fournissent des données utiles et opportunes. Sur cette base, la FUM et la NASFAM ont conclu qu’il est nécessaire de réaliser une étude de faisabilité et une évaluation approfondie sur les utilisateurs potentiels des SIM avant de prendre de nouvelles mesures sur l’amélioration ou sur la création d’un SIM au Malawi.

Les résultats de ces deux études de cas ont été présentés et discutés lors d’un atelier organisé à Lilongwe en février 2012. Les principaux participants à cet atelier étaient des représentants du gouvernement : le ministère de l’Irrigation et de l’Aménagement hydraulique et le ministère des Finances (Département du développement économique) ; les SIM, y compris FEWSNET ; le secrétariat technique du système d’information sur les marchés agricoles (AMIS) ; la Bourse des produits agricoles pour l’Afrique (ACE) ; les organisations paysannes (NASFAM et FUM) ; les ONG (le « Hunger Project » ou projet contre la faim), et le CGIAR (via l’ICRISAT) ; les membres de l’association des commerçants de semences au Malawi (Monsanto, ASSMAG, le secrétariat du Stam). Suite aux présentations des études de cas, des discussions en groupes ont eu lieu pour identifier les mesures de suivi à mettre en oeuvre. L’atelier a identifié un nombre de questions pratiques concernant la multiplication des semences et les SIM, lesquels exigent un examen plus approfondi plutôt que des actions de plaidoyer. Même si les discussions ont identifié d’autres problèmes et actions à mettre en oeuvre, aucun des participants en a pris la responsabilité.

Néanmoins, plusieurs mois plus tard, la NASFAM a indiqué que les études menées dans le cadre d’ESFIM avaient fait apparaître des preuves nécessaires pour faire avancer son agenda politique. La NASFAM prévoit de partager ces preuves avec ses réseaux existants, tels que le Réseau agricole de la société civile (Civil Society Agriculture Network). En outre, les deux organisations paysannes nationales (FUM et Nasfal) participent à de nombreuses initiatives traitant de la production des petits producteurs et du développement de diverses stratégies, y compris des SIM. À l’heure actuelle, la société semi-privée de tabac Auction Holdings Limited lance une bourse de produits de base agricoles et la NASFAM intervient dans les débats sur sa mise en place. Celle-ci peut utiliser les résultats de la recherche ainsi que les principaux enseignements au cours de la visite d’étude au Kenya.

Le partenariat

La NASFAM a dirigé les activités du projet au Malawi, et les chercheurs d’AGRINATURA et de NRI et WUR se sont chargés du contrôle de qualité. Des changements au sein du personnel de la NASFAM, NRI et WUR ont causé des retards et des interruptions dans les relations et la continuité du programme ESFIM. Des contacts ont été renoués en 2011, lorsque ESFIM a pu garantir le financement des activités de recherche, mais les connaissances générées lors de la première étape du programme ont été perdues. La NASFAM a présenté ses activités de recherche et de plaidoyer, en particulier celles concernant le plaidoyer réussi sur les questions fiscales (taxe aux producteurs sur les transactions de fourniture aux entreprises agroalimentaires) à la Conférence internationale de Tunis en 2007. C’est pourquoi les expériences précédentes de la NASFAM avec des programmes de plaidoyer fondés sur des preuves ont servi d’exemple pour l’élaboration d’une approche de recherche collaborative. Cependant, les résultats d’ESFIM sur la période 2009-2012 ont été en-dessous des prévisions. Les études de cas étaient limitées à des enquêtes factuelles et plus aucun produit ou résultat, tel que des propositions techniques (de lobby ou de plaidoyer), ni aucune note d’orientation ou de plaidoyer n’a été livré.

Il est difficile de savoir quel bénéfice la NASFAM a tiré des activités et des résultats. L’exercice de suivi et d’évaluation avec la NASFAM a démontré que celle-ci est (encore) une organisation paysanne solide. Son point faible réside dans la capacité de créer des réseaux, laquelle a diminué au cours des trois dernières années. Le maigre succès du soutien à la recherche de la part d’ESFIM n’est donc pas le résultat d’une faiblesse de la NASFAM. Voire même au contraire. Nous pensons que les résultats des activités d’ESFIM n’ont pas répondu aux attentes pour différentes raisons.

Principaux enseignements

  • L’exercice d’auto-évaluation a démontré que les membres du conseil d’administration de la NASFAM avaient peu d’information sur quelles actions de la direction de l’organisation dans différents domaines. Par exemple, les membres du conseil d’administration n’étaient pas au courant du programme ESFIM et ils ont déclaré qu’ils n’avaient été invités qu’à l’atelier final. Cela peut s’expliquer par un manque de dialogue, de participation et de partage d’information entre le conseil d’administration et la direction. Quoi qu’il en soit, les membres du conseil d’administration n’ont pas été impliqués dans le processus avant la présentation des résultats.
  • Par rapport à d’autres opérations et revenus de la NASFAM, le budget d’ESFIM était relativement modeste. L’insuffisance des ressources financières semble avoir déterminé le choix des sujets de recherche plutôt que l’urgence ou la priorité du problème. Le fait que les membres du conseil n’aient pas été au courant des activités d’ESFIM suggère que le programme n’était pas une priorité pour la NASFAM. Cela peut expliquer le défaut de suivi immédiat concernant les messages politiques ou l’élaboration d’un programme de plaidoyer.
  • La continuité du programme ESFIM a été mise en danger à cause des retards et des changements de personnel qui ont affecté le sentiment d’appartenance du processus de la NASFAM et du NRI.
  • La NASFAM a embauché le même consultant indépendant pour organiser les ateliers, développer la proposition de recherche et mener les études de cas. Ce consultant a donc eu une influence considérable sur la proposition de recherche et sur la mise en œuvre des études de cas. Étant donné que les consultants étaient embauchés en tant que travailleurs indépendants, aucune institution n’était responsable de la qualité des résultats finaux. L’embauche des institutions de recherche ou de groupes plus nombreux de consultants aurait surement été plus appropriée pour la production de résultats de grande qualité et pour la génération de programmes plaidoyer pour la NASFAM. Cela aurait eu l’avantage supplémentaire de renforcer les relations de la NASFAM avec la communauté de la recherche au Malawi.

Remerciements

L’auteur remercie pour leurs soutien et collaboration la NASFAM et les consultants locaux. Elle remercie tout particulièrement Beatrice Makwenda, Betty Chinyamunyamu et Dyborn Chibonga de la NASFAM de même que Teddie Nakhumwa, consultant local.