Kenya

Gideon Onumah

La Fédération nationale kényane des producteurs agricoles (KENFAP) est le partenaire national de la recherche collaborative menée dans le cadre du programme de renforcement de l’accès des petits producteurs aux marchés (ESFIM). Les activités d’ESFIM s’inscrivent dans l’objectif stratégique de la KENFAP auquel elles sont liées, qui consiste à « favoriser les intérêts des petits producteurs en encourageant des changements politiques bénéfiques à travers le lobbying et le plaidoyer… ». Cet objectif exige l’engagement actif de la KENFAP avec le gouvernement pour créer et maintenir un environnement favorable dans le secteur agricole.

La KENFAP est une fédération d’agriculteurs kenyans apolitique, sans but lucratif et démocratique. C’est une association faîtière d’organisations paysannes qui représente les intérêts de plus de 1,8 million de familles d’agriculteurs. Elle a été créée en 1946 en tant qu’Union nationale des producteurs du Kenya (KNFU), qui ne représentait à l’époque que les agriculteurs blancs. En 1973, la KNFU a accepté l’adhésion des petits producteurs, elle a alors grandi jusqu’à devenir une organisation paysanne puissante. Des réformes économiques en 1980-1997 ont affecté les fortunes de plusieurs gros exploitants agricoles, affaiblissant l’Union. En réponse à ces difficultés, la KNFU a amorcé une transformation institutionnelle en 2003, devenant une fédération des organisations paysannes (KENFAP), qui opère à travers des réseaux à différents niveaux – local, régional et national. La KENFAP se compose de 36 associations de produits de base, 16 sociétés coopératives et autres sociétés agricoles. Ses membres sont présents dans 43 des 47 comtés du Kenya. Les petits producteurs sont majoritaires au sein de la KENFAP. Nombre d’entre eux sont mobilisés à travers 5 000 groupes d’agriculteurs, qui ont en moyenne 30 à 50 membres.

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La mission principale de la KENFAP est « d’influencer progressivement les changements dans l’environnement du secteur agricole et de promouvoir l’agrobusiness à travers des interventions ciblées ». Le lobbying et le plaidoyer sur les politiques agricoles ainsi que la fourniture de services pour le secteur agricole représentent des activités essentielles dans la poursuite de cette mission. La fédération a développé des structures internes et des stratégies qui lui permettent de poursuivre cet objectif, y compris l’établissement d’une structure administrative à quatre niveaux qui facilite la collecte de données et d’informations depuis les niveaux local, du district et national. La KENFAP a également créé des alliances stratégiques au niveau national et international pour renforcer son rôle de plaidoyer. Elle est membre de l’Alliance du secteur privé kényan (Kepsa), de la Fédération des agriculteurs d’Afrique de l’Est (EAFF) et de la Coalition internationale pour l’accès à la terre (ILC). La fédération possède les outils de diffusion suivants : un magazine mensuel (The Farmers Voice), un bulletin électronique bimensuel, des documents et des brochures publiés pour des événements particuliers, et un site web (www.kenfap.org).

La KENFAP était l’une des rares organisations paysannes nationales (OPN) à recevoir un financement d’Agriterra pour des activités de recherche collaborative en 2009. Au début, la KENFAP n’a donné la priorité qu’à une question de recherche sur les politiques : l’évaluation des interventions de l’État sur le marché des intrants pour le maïs, la céréale de base la plus importante au Kenya. Toutefois, lorsque le financement du projet s’est amélioré grâce au cofinancement du gouvernement néerlandais, la KENFAP a pu élargir son programme et inclure les questions liées à l’élaboration de systèmes de récépissés d’entrepôt (SRE) ainsi qu’examiner les défis auxquels sont confrontés les petits producteurs agricoles au Kenya pour accéder au financement.

Le défi du développement

La contribution de l’agriculture au Pib du Kenya est faible par rapport à d’autres pays de l’Afrique de l’Est. Elle en représente 19,4 % en 2010 contre 23,9 % en Ouganda et 27,1 % en Tanzanie. Le secteur des services domine l’économie, avec 66,8 % du Pib en 2010. Toutefois, le secteur agricole représente 65 % des exportations de marchandises du pays 75 % des emplois. Par conséquent, ce secteur est d’une importance stratégique dans la poursuite par le Kenya de la croissance et des objectifs de réduction de la pauvreté. Bien que le thé, le café et les produits horticoles dominent les exportations agricoles, la production de maïs, de loin la culture vivrière la plus importante, a des effets significatifs sur la sécurité alimentaire et la politique interne. Selon les données officielles du Bureau national de la statistique du Kenya, la production de maïs au Kenya est restée stable dans les années 2000, mais a fortement diminué à partir de la saison 2008/09 en raison des conflits qui ont suivi les élections (Tableau 9). La production doit encore se rétablir aux niveaux atteints pendant la saison 2006/07, ce qui implique que le pays dépend encore plus des importations pour satisfaire les besoins de la consommation interne.

Principaux enseignements

  • L’utilisation d’un système interne de collecte de données de la KENFAP a permis d’obtenir des données quantitatives sur l’impact du système de bons d’entrée d’une manière rentable. La présence d’un tel système de collecte de données au sein des organisations paysannes est un atout qui permet aux organisations de producteurs d’influencer les politiques avec un plaidoyer basé sur des preuves.
  • La crédibilité de l’étude d’impact aurait pu être améliorée si des chercheurs externes avaient mené ou supervisé la conception de la recherche. L’évaluation d’impact ne peut pas être considérée comme une évaluation externe, car la KENFAP a participé en tant que fournisseur d’intrants contre des bons à travers sa filiale commerciale KENFAP Service Ltd.
  • Les activités d’AGRINATURA-NRI permettant d’accéder aux expériences des autres pays avec les SRE et les SIM ont été bien accueillies par la KENFAP. Le rassemblement des intervenants d’organisations gouvernementales ou régionales à l’atelier sur les SRE a été facilité par les réseaux et par les activités de longue date de l’AGRINATURA en Afrique de l’Est.
  • La KENFAP a joué un rôle clé dans l’établissement de la Fédération des agriculteurs d’Afrique orientale (EAFF), laquelle a utilisé les expériences de la recherche ESFIM dans les réunions régionales sur le plaidoyer. Cette fédération a relié ESFIM à la plateforme de connaissances développée grâce à un financement du FIDA et de l’UE pour le programme d’appui aux organisations paysannes en Afrique (Paopa). L’EAFF et la KENFAP ont facilité l’accès à trois ateliers internationaux importants où les expériences en matière de recherche collaborative d’ESFIM pourraient être présentées et discutées : la conférence sur les chaînes de valeur du CTA du 6 au 9 novembre à Addis-Abeba (éthiopie), la deuxième conférence mondiale sur la recherche agricole du 18 octobre au 1er novembre 2012, à Punta del Este (Uruguay), et le Forum des agriculteurs du 18 au 21 février 2012 à Rome (Italie).