Inde

Felicity Proctor et Bart Doorneweert

La fédération des associations d’agriculteurs d’Andra Pradesh (FFA-AP) a été identifiée comme la meilleure organisation pour construire un partenariat entre le programme ESFIM et l’Inde. Cette décision a été prise suivant l’avis du représentant régional Asie de la FIPA (actuellement disparue). La FFA-AP est une organisation locale unifiée et indépendante, visant à soutenir le développement rural. Cette organisation vise à faire de l’agriculture une activité rentable, tout en conférant dignité et équité sociale aux agriculteurs. La FFA-AP a été créée en 2000 et représente 1 630 associations d’agriculteurs au niveau local qui exercent leurs activités dans 19 des 22 districts de l’Andra Pradesh. La FFA estime avoir 75 900 agriculteurs membres.

La FFA-AP est affiliée au Consortium des Associations d’Agriculteurs Indiens (CIFA), qui est une organisation faitière nationale de fédérations d’agriculteurs et d’associations de matières premières ainsi que d’organisations d’agriculteurs indépendants. Le CIFA et la FFA cherchent à faire pression sur le gouvernement en diffusant des connaissances relatives à l’agriculture et aux agriculteurs à travers le forum des agriculteurs membres du parlement (Parliament Members Farmers Forum). Lors du programme ESFIM, la FFA-AP travaillait également en partenariat avec Agriterra dans un programme intitulé « Linking farmers to business and enhancing livelihoods and establishing a women’s wing » (Relier les agriculteurs aux affaires, améliorer des moyens de subsistance et appuyer les femmes agricultrices) (2011-2012). Le président de la FFA-AP, P. Chengal Reddy et le directeur du projet Vijay Kumar ont été les principales personnes ressources au sein de la FFA-AP. Les institutions d’AGRINATURA qui ont participé à ce programme de collaboration avec l’Inde sont : le Natural Resources Institute, l’Université et le centre de recherche de LEI Wageningen.

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Le défi du développement

Dans l’ensemble, les organisations de producteurs, que ce soit au niveau national ou des états, sont faibles en Inde : elles ne bénéficient pas d’une large participation, en particulier chez les petits producteurs, et souffrent souvent d’insécurité financière. Pour la plupart des petits producteurs, la représentation est inadéquate. Les organisations réellement investies par leurs membres capables de faire pression et de soutenir des organisations économiques sont extrêmement limitées en nombre et en couverture géographique, à l’exception du mouvement coopératif, plus particulièrement dans le secteur des produits laitiers et des associations de matières premières, qui ont, parmi leurs membres, de gros producteurs et des entreprises agroalimentaires. Les organisations de producteurs sont souvent politisées et les institutions locales, qui devraient écouter la voix des petits producteurs, sont démunies. « Les organisations de producteurs n’ont pas assez de ressources du fait de l’incapacité des petits producteurs à contribuer par leur adhésion » (FFA, le 16 mai 2012).

En 2004, afin de fournir des informations pour son programme en matière agricole, le gouvernement a mis en place une commission nationale de producteurs, présidée par M.S. Swaminathan. Cette commission a préconisé des modifications des politiques en faveur des agriculteurs et créé une base suffisante pour que les producteurs puissent travailler avec l’État. En outre, grâce à l’attention médiatique sur la situation critique des agriculteurs et au débat qui allait s’amorcer sur une série de questions humanitaires liées au secteur telles que le nombre croissant de suicides des agriculteurs, le grand public s’est montré largement défavorable à cette mission. Parmi les causes principales de la détresse qui ont incité les agriculteurs à se suicider au cours des dernières années, figurent : la réforme foncière inachevée, la disponibilité et la qualité de l’eau, l’insuffisance technologique, l’accès et la pertinence du crédit institutionnel, et le manque d’opportunités pour un marché sûr et rémunérateur. Le programme ESFIM n’a pas vérifié si les recommandations de la commission, qui a achevé ses travaux en 2007, ont pu être suivies. Néanmoins, le rapport du gouvernement (UPA) indien pour le peuple dans sa stratégie de croissance inclusive soulignait la nécessité d’ « augmenter la disponibilité du crédit pour les agriculteurs et leur offrir des prix rémunérateurs pour leurs récoltes » comme l’une des actions clé à mettre en œuvre.

Le processus de la recherche collaborative

Le programme de travail d’ESFIM a été élaboré au cours de la conférence de lancement tenue en Inde en 2009. Un profil pays a été réalisé par une équipe comprenant un chercheur d’AGRINATURA et un consultant embauché par la FFA en Inde. L’étude a combiné une analyse documentaire et des entretiens ciblés avec des acteurs clés. Ce document donne un aperçu

du contexte politique de l’agriculture à petite échelle en Inde, une évaluation des questions clés relatives au développement de la chaine de commercialisation pour la participation des petits producteurs au marché et un aperçu de la situation des organisations de producteurs en Inde. Le document a également identifié certains domaines d’action clés comme points de départ potentiels pour le programme ESFIM-Inde.

Principaux enseignements

  • Le partenaire indien FFA-CIFA a mené un programme de plaidoyer et de lobbying depuis sa création et bien avant le partenariat avec ESFIM (même si leur action s’est alors davantage apparentée à celle d’un groupe de pression). Bien que l’on puisse discuter la question de savoir dans quelle mesure leur programme de lobbying et de plaidoyer en cours est fondé sur des preuves, leurs voix se sont fait entendre.
  • La FFA-CIFA a reconnu la valeur du plaidoyer basé sur des preuves. Cependant, le défi consistait à le mettre en œuvre à la fois au sein de la structure institutionnelle prédominante de la FFA-CIFA et en partenariat avec les institutions de recherche nationales. Il n’existait pas de liens structurés en cours entre la FFA-CIFA et les institutions nationales, bien que certains liens ad hoc avaient été noués avec l’institution du CGIAR basée en Inde.
  • La FFA-CIFA disposait de personnel et ressources financières très limitées. Cela a potentiellement limité la capacité de la FFA de s’associer à d’autres institutions et programmes. En outre, des changements dans le personnel de la FFA ont eu lieu entre ESFIM 1 et ESFIM 11, qui ont fait que le responsable des politiques a été détaché sur un programme ACDI/VOCA en 2010, réduisant significativement l’équipe de cadres de la FFA disponibles pour assurer la mise en œuvre du programme ESFIM en termes de gestion de la recherche et de suivi du plaidoyer.
  • La FFA a démontré son engagement envers le travail d’ESFIM en mobilisant des participants à la conférence de 2009 et aux réunions de travail ultérieures, en embauchant moins deux consultants locaux (ESFIM 1 et 11) et en présentant un rapport d’étape et un plan de travail. Malgré cela, le contrat complet ESFIM 11 n’a pas été rempli et l’équipe d’AGRINATURA a dû annuler l’accord avec la FFA.
  • Il est évident que le besoin de faire le travail identifié lors de la conférence de 2009 est une priorité pour les organisations paysannes et pour leurs membres en Inde. Il faudrait trouver de nouveaux moyens d’établir des relations de travail durables et de long terme entre les organisations paysannes clés au niveau national et au niveau des États et les institutions de recherche nationales pour s’occuper des programmes de recherche dirigés par les organisations paysannes. Chercher à financer la recherche par le biais des organisations paysannes n’a probablement pas été approprié dans le cas de l’Inde. Dans l’ensemble, la recherche prévue était peut être trop ambitieuse pour la FFA, même si les besoins avaient été clairement identifiés.
  • Optimisation de l’information disponible. Compte tenu du budget global limité, il aurait fallu en faire davantage en Inde pour tirer des leçons de la recherche et des preuves existantes, y compris émanant de programmes financés par les bailleurs de fonds. Ce matériel aurait pu être utile pour la préparation des notes politiques pertinentes pour le plaidoyer.
  • Il est nécessaire de trouver des mécanismes pour simplifier autant que possible les systèmes de gestion administratifs et financiers. Il est possible que les exigences administratives, y compris la comptabilité financière, aient été la raison sous-jacente clé de l’interruption du partenariat ECART-FFA.