Benin

Ted Schrader, Dossa Aguemon et Bertus Wennink

La FUPRO-Bénin est une organisation à plusieurs niveaux, composée d’associations et de coopératives, d’unions communales de producteurs (UCP) et d’unions régionales de producteurs (URP). La FUPRO se trouve à l’interface entre les producteurs et la communauté des acteurs du développement d’une part, et entre les producteurs et l’état d’autre part. Elle participe, au nom des producteurs, au développement et à la mise en œuvre des programmes de développement agricole ainsi qu’au dialogue sur la politique agricole du Bénin. La FUPRO représente et défend les intérêts de ses membres qui sont des producteurs. Ses domaines d’intervention comprennent la diffusion de l’information, les services de communication et de formation, et la mobilisation de ressources extérieures pour le financement de programmes et de projets dans les zones rurales.

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Le défi du développement

Le maïs est la culture vivrière la plus importante au Bénin. Il est produit dans toutes les régions du pays, dans des conditions diverses. La partie méridionale du pays est densément peuplée, les exploitations agricoles sont petites, et il y a deux récoltes par année. Dans le nord du pays, les exploitations agricoles sont beaucoup plus grandes mais il n’y a qu’une saison de production. Pendant une longue période, les politiques agricoles au Bénin ont favorisé le secteur du coton, principal destinataire de l’investissement et de l’intervention publique. Cependant, les politiques agricoles récentes sont plus ouvertes à la diversification agricole, le maïs étant une culture prioritaire. L’ambition du gouvernement consiste à doubler la production de maïs (pour parvenir à 1,9 million de tonnes en 2015) dans le but d’améliorer à la fois la sécurité alimentaire et les revenus des acteurs. La crise de la filière coton du Bénin et la flambée des prix des matières premières alimentaires ont déclenché l’appel des unions communales de producteurs (UCP) diversifiera une diversification de l’agriculture, mettant explicitement l’accent sur le maïs. Le mais devait non seulement renforcer la sécurité alimentaire mais aussi devenir une « culture commerciale » alternative.

C’est dans ce contexte que l’ambassade des Pays-Bas au Bénin (EKN Bénin) a demandé à l’Organisation néerlandaise de développement (SNV Bénin) de préparer un plan conceptuel pour un programme de développement des cultures de céréales et du maïs au Bénin. Cela s’est traduit par une proposition visant à investir dans la recherche-action (RA) pour soutenir l’élaboration d’un nouveau programme. Compte tenu de son implantation dans toutes les régions du Bénin, il a été proposé que la Fédération des unions de producteurs agricoles du Bénin (FUPRO) soit chargée de la mise en œuvre de ce programme de recherche-action. Une raison de plus pour placer la FUPRO à la tête du programme était que les perspectives des producteurs étaient insuffisantes d’après l’évaluation de la chaîne de valeur du maïs, amorcée par le ministère de l’Agriculture, de l’élevage et de la Pêche (Maep). L’objectif du programme de recherche-action proposé était d’approfondir la connaissance et la compréhension du secteur du maïs à travers une analyse des défis et des opportunités à différents niveaux de la chaîne de valeur maïs, tel qu’identifié par les acteurs du secteur en général et par les producteurs en particulier. Le programme de RA était orienté de manière explicite vers la formulation d’un programme de développement futur pour la promotion de chaînes de valeur du maïs compétitives, durables et inclusives au Bénin. Voila pourquoi le programme a également été nommé « Avant-projet maïs » (APM). L’objectif principal du programme était de travailler sur les leviers stratégiques et d’identifier des options institutionnelles et pratiques pour le changement basées, si possible, sur les expériences d’actions innovantes de producteurs et d’autres acteurs au Bénin et dans les pays voisins.

Le programme de recherche-action a été rendu possible grâce au financement de l’ambassade des Pays-Bas au Bénin, d’Agriterra, qui a apporté un appui spécifique aux ateliers régionaux et aux visites d’échange au Burkina Faso, et d’ESFIM. L’équipe de recherche-action était composée par des chercheurs de la FUPRO (aux niveaux national, régional et communal), de la SNV Bénin, d’Agriterra, de l’Institut royal tropical (KIT) et du Centre d’innovation pour le développement du Centre de recherche de l’université de Wageningen (CDI-WUR) qui fait partie d’AGRINATURA. Des accords ont été signés entre la FUPRO-Bénin et tous les autres partenaires. Tous les partenaires sont également membres d’Agri-ProFocus, qui devient un réseau de plus en plus important pour la promotion de l’esprit d’entreprise des producteurs et qui est représenté au Bénin par AgriHub Bénin. Les cinq partenaires ont travaillé en équipe. Le schéma ci-dessous illustre les rôles des différentes parties, tels que définis dans la proposition de l’APM.

 

Tableau 4   MEMBRES DU PARTENARIAT POUR LA RECHERCHE

FUPRO

Gestion et coordination du projet de recherche-action (RA) ;

organisation du processus de RA ;

mobilisation des producteurs et de leurs organisations à différents niveaux ;

communication sur les processus et résultats des recherches et liens avec le ministère de l’Agriculture et avec d’autres acteurs importants.

SNV

Conseils à la FUPRO en matière de coordination et de gestion ;

appui technique et méthodologique pour le processus de recherche-action.

Agriterra

Valorisation des expériences d’autres organisations paysannes africaines grâce à l’organisation de visites d’échange ;

capitalisation des expériences des producteurs de maïs au Bénin aux niveau local et communautaire.

KIT et CDI-WUR

Soutien spécifique à la stratégie et au programme de recherche-action, y compris élaboration des protocoles de recherche ;

animation d’ateliers multi-acteurs ;

renforcement des capacités du personnel de la FUPRO et de la SNV, et des chercheurs locaux sous contrat ;

organisation des ateliers d’écriture ;

conseils pour la formulation d’un programme de développement de la chaîne de valeur du maïs.

Le processus de recherche collaborative

En décembre 2010, l’ambassade des Pays-Bas au Bénin a accepté un contrat de dix mois avec la FUPRO et la SNV pour que la recherche-action (RA) conduise à une proposition complète pour le développement de la chaîne de valeur maïs au Bénin. Le programme est devenu opérationnel en avril-mai 2011, après le recrutement d’un coordonnateur FUPRO de la RA et un accord sur la conception du processus de recherche-action. Cet accord a été rendu possible grâce à KIT et au CDI. Les activités ont donc été concentrées sur une période de six mois.

études documentaires
La recherche documentaire s’est axée sur la collecte et l’analyse d’informations concernant les dynamiques de la chaîne de valeur maïs au Bénin et dans les pays voisins, ainsi que sur l’identification des opportunités de marché, y compris les avantages comparatifs. Cette recherche, menée par des consultants recrutés par appel d’offres, a mis l’accent sur les innovations possibles dans la chaîne de valeur maïs spécifique au Bénin et dans la sous-région ouest-africaine. Cela a conduit à l’élaboration d’un inventaire des moyens potentiellement intéressants pour promouvoir la chaîne de valeur maïs, et à l’identification des destinations possibles pour des visites d’échange (entre producteurs).

Les résultats de la recherche documentaire ont été validés lors d’un atelier organisé par la FUPRO. L’atelier, avec une forte participation des acteurs du secteur du maïs, y compris de nombreux producteurs et organisations paysannes, a confirmé les priorités présidant au développement de la chaîne de valeur maïs : le maïs blanc est destiné aux marchés local et régional, le maïs jaune pour nourrir les animaux du marché local, le gruau de maïs est destiné aux brasseries et à l’amélioration des farines infantiles à base de maïs. Les résultats étaient conformes aux conclusions du Maep. L’information provenant des études théoriques a alimenté une discussion sur les défis et actions possibles et contribué à la sélection des sujets d’étude. Elle a aussi contribué à prouver la nature itérative du processus de recherche-action.

Identification des défis, options et sujets de recherche
Dans les premières étapes du processus de recherche, le CDI et KIT ont eu de nombreux entretiens avec la FUPRO pour discuter des défis auxquels sont confrontés les producteurs dans le secteur du maïs. Un cadre conceptuel (RISE ; Rural innovation systems and entrepreneurship – Schrader, 2011a) a été utilisé pour chercher de façon systématique les moteurs de changement du système de marché du maïs et identifier comment améliorer les chaînes de valeur existantes, en particulier au profit des (petits) producteurs, d’autres travailleurs et entrepreneurs locaux.

La question globale de la recherche du programme de RA a été formulée comme suit : « Quels sont les leviers et les options pour rendre la chaîne de valeur maïs plus compétitive, durable et inclusive, afin de contribuer à la sécurité alimentaire et nutritionnelle au Bénin et d’améliorer les revenus des producteurs ? » 

Ce processus a permis d’identifier dix défis prioritaires : (i) la sécurité alimentaire, (ii) les producteurs et leurs organisations ; (iii) la production et la productivité ; (iv) le stockage et la conservation, ; (v) la transformation ; (vi) les relations commerciales et la fixation des prix ; (vii) le développement de produits et la commercialisation ; (viii) le commerce régional et la concurrence ; (ix) le contexte institutionnel ; et (x) les services d’appui technique et financier. Ces dix sujets ont aussi été pris en compte pour servir de base à l’identification des actions pratiques susceptibles de contribuer à répondre à la question globale de la recherche.

Sur la base des défis et options identifiés, de l’analyse documentaire et de l’analyse stratégique de la filière maïs réalisée par la FUPRO, 12 sujets de recherche-action ont été identifiés au sein de ces dix domaines prioritaires. Ces sujets ont été validés lors de la réunion de l’équipe de planification du programme de RA (mai 2011).

Examen par les pairs

Vers la fin du programme de RA en septembre 2011, un examen par des pairs a été organisé au cours d’un atelier pour évaluer les résultats. Cette rencontre a également permis la production de petits articles en ateliers d’écriture. Ces articles, comprenant des messages importants, ont été rédigés pour informer les décideurs impliqués dans les futurs programmes de développement de la chaîne de valeur maïs.

Cette étape a également donné lieu à la production des documents de synthèse (« fiches d’information thématiques ») pour les défis précédemment identifiés, et à la validation des options pertinentes pour faire face à ces problèmes. à ce stade, le nombre de défis a été réduit de dix à huit, certains défis ayant été regroupés et reformulés.

Atelier stratégique

À la suite de cette réunion préparatoire, un atelier stratégique a eu lieu en octobre 2011. Celui-ci a réuni les différents acteurs de la filière maïs, les leaders paysans et les cadres du Maep. La FUPRO s’est efforcée d’identifier des participants ayant des connaissances approfondies et pratiques de la filière maïs et un intérêt direct pour ce secteur. En dépit des efforts déployés, le secteur privé a été peu représenté. L’atelier a permis de valider les principales conclusions du programme de RA et a identifié les options stratégiques à adopter pour agir en direction du gouvernement et des politiques sectorielles spécifiques. En outre, les participants ont examiné l’organisation institutionnelle de ce futur programme, qui nécessite une bonne coordination des activités ainsi que des délégations de responsabilités aux acteurs.

Un principe de base avait été convenu entre les participants : les fournisseurs de services publics et privés avaient l’obligation de répondre aux exigences des entrepreneurs privés (producteurs, transformateurs, commerçants, etc.) de la filière maïs. Il s’agit là d’un changement radical par rapport à la méthode habituelle, où les porteurs de projets (c’est-à-dire le secteur public) définissent les objectifs.

Outre la définition des principes et stratégies du programme, l’atelier a préparé les termes de référence pour un petit groupe d’experts qui seront chargés de préparer la première version du programme de développement de la chaîne de valeur maïs. Un comité de pilotage a été désigné pour discuter et ratifier la proposition de programme. Il a fallu faire appel à une équipe d’experts en raison du délai extrêmement court entre les dernières étapes du programme de RA et la date limite pour soumettre la proposition à l’ambassade des Pays-Bas au Bénin. La date limite pour soumettre la proposition n’a pas été renégociée, car la FUPRO voulait démontrer sa crédibilité en tant que partenaire fiable. Cependant, faute de temps et les consultants rédigeant le programme n’étant pas suffisamment informés des résultats du programme de RA, ceux-ci n’ont pas été suffisamment intégrés dans l’élaboration de la proposition de programme de développement de la chaîne de valeur maïs. Les connaissances stratégiques, options fondées et idées innovantes pour la mise en œuvre du programme de développement de la chaîne de valeur du maïs ont ainsi été sous-utilisées. Plusieurs idées nouvelles pour un futur travail de développement des la chaîne de valeur maïs ont également été partagées avec l’ambassade des Pays-Bas au Bénin. Il s’agit notamment du développement de filières agroalimentaires autour de chaînes de valeur maïs spécifiques, en association avec les acquis transversaux de la recherche-action. Le travail sur les chaînes de valeur pourrait promouvoir des dynamiques alliant une production accélérée et des marchés porteurs. Le soutien aux filières agroalimentaires mettrait l’accent sur ​​la collaboration entre acteurs et donnerait un rôle central aux entreprises, aux producteurs et à leurs organisations. En outre, ce soutien serait particulièrement intéressant pour les fournisseurs de services financiers et pour les services de conseil de qualité. Trois composantes ont été considérées comme essentielles : la promotion de l’entreprenariat rural, la priorité à des sujets favorisant l’innovation et le partage de connaissances et d’expériences fondées sur des preuves.

Principaux enseignements

Pour qu’une organisation de producteurs nationale soit prise au sérieux en tant que partenaire du développement de politique et de programme, il lui faut impérativement disposer d’informations sur différents secteurs et d’une base de données complète sur les réalités, expériences et objectifs des producteurs. Le processus et les résultats de la recherche-action ont permis aux membres de la FUPRO de se faire entendre par les institutions chargées de l’élaboration des politiques agricoles et des stratégies de développement. La somme des informations recueillies et analysées pourrait être encore mieux valorisée, par exemple avec une mise en forme des études thématiques, la finalisation des rapports de consultation des membres, et la finalisation et la publication des articles. Quelques documents et articles du programme de RA n’ont pas été soumis à la phase finale de validation, d’édition, de mise en page et de publication. Même si les résultats du programme de RA n’ont pas été entièrement utilisés dans la proposition de programme comme prévu à l’origine, la somme des informations recueillies est disponible à la FUPRO et pourrait donc encore être utilisée par d’autres acteurs intéressés.

La consultation systématique des membres a joué un rôle particulièrement important en rendant la FUPRO pleinement consciente de la situation et des aspirations de ses membres, des producteurs et coopératives de maïs dans le pays. Une connaissance aussi approfondie des contraintes, des opportunités et des options perçues est nécessaire pour bien représenter les producteurs de maïs, une mission importante pour la FUPRO, qui est une fédération nationale. La possibilité de connaître des milliers de membres grâce à un échantillon représentatif fut une révélation pour la FUPRO.

La FUPRO a constitué une banque de documents sur le secteur du maïs. La FUPRO a besoin de ces matériaux et de les valoriser pour pouvoir être un partenaire crédible dans le dialogue politique et un allié stratégique pour ses organisations membres. Ainsi, les résultats de ce programme de RA ont contribué à la base de connaissances de la FUPRO. Néanmoins, les résultats de la recherche-action ont finalement été insuffisamment reflétés dans la nouvelle proposition du programme de développement de la chaîne de valeur du maïs. Cela s’explique principalement par le temps extrêmement court entre les dernières étapes du processus de RA et la rédaction du document du programme. Malgré la forte interaction entre l’équipe en charge de la rédaction du document du programme et l’équipe de RA, les résultats de la recherche-action n’ont pas été suffisamment exploités. L’équipe de RA a considéré cela comme une occasion manquée. Malgré cette utilisation loin d’être optimale, le programme présenté sur le développement des cultures de céréales et de maïs pour le Bénin est assez innovant : il parle « d’entreprises », est centré sur des chaînes de valeur spécifiques, insiste sur la collaboration multi-acteurs, suggère d’importants domaines d’innovation et place les producteurs au centre du développement de la chaîne de valeur maïs.